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« La situation sur les marchés de la viande n’est pas viable »

Le 23 août 2012 par Fabien Daireaux
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

Entretien avec Jean-Paul Simier, Directeur de la filière alimentaire à l’agence Bretagne Développement Innovation (BDI).

 

Quand et comment la flambée des cours des céréales va-t-elle se répercuter sur les prix de la viande ?

 

Il y a toujours un effet de décalage dans le temps mais ce qui est nouveau depuis quelques années c’est que le rattrapage des prix est largement insuffisant. Avec le recul on observe que le même scénario se répète  à chaque fois : les prix des céréales et des protéagineux flambent et a posteriori cette hausse ne se répercute pas avec la même ampleur sur les prix des viandes. Les prix ont certes augmenté mais beaucoup moins que ceux des végétaux. Si on regarde les séries de la FAO sur longue période, c’est très net : depuis 2000, l’indice de la viande de la FAO n’a augmenté que de 70% alors que l’indice des céréales a été multiplié par 3 et celui des protéagineux par 4. Il y a donc un vrai problème sur lesquels les économistes s’interrogent. Aucune industrie ne peut durablement survivre avec des coûts de production en augmentation alors que le prix de vente n’augmente pas. Sur la période 2006-2012, les coûts de l’alimentation animale ont globalement progressé de 60% quand les prix de la viande n’ont augmenté que de 40%. Le manque à gagner est donc au minimum de 20% pour les producteurs de viande. C’est encore plus vrai aujourd’hui avec la flambée des prix des céréales. Faire du porc à 100 euros la tonne de maïs c’est possible, mais à 250 euros la tonne c’est très compliqué ! Prenons l’exemple d’un producteur de porc en Bretagne qui serait également céréalier : il a plus intérêt aujourd’hui à vendre son maïs sur le marché à prix spot plutôt que de le conserver pour nourrir ses cochons. Il y a donc un vrai problème !  

 

Les prix des céréales sont-ils trop élevés ?

 

Je travaille sur ces marchés depuis plus de vingt ans. Quand j’ai débuté dans les années 80 on avait des excédents partout et les marchés agricoles étaient complètement déprimés. Aujourd’hui on assiste à un grand renversement. L’offre peine à satisfaire la demande du fait de la croissance des pays émergents et du changement de régime alimentaire dans ces pays-là. La montée des prix est juste un signal que nous donne le marché. C’est l’intérêt du marché ! La hausse est accentuée ensuite, comme c’est le cas aujourd’hui, par la spéculation ou par les aléas climatiques mais fondamentalement cette hausse des prix est le signal que l’offre de produits agricoles est insuffisante. Si on prend le cas des viandes, il y a une décapitalisation des cheptels partout depuis plusieurs années car la rentabilité n’est pas au rendez-vous. En Argentine par exemple, les éleveurs se sont mis à produire du soja OGM car c’était plus rentable. Résultat : les exportations de viandes argentines ont chuté de 70% depuis 2005.

 

Est-ce que cette situation prépare une pénurie de viande ?  

 

Cette situation n’est pas viable. Jusqu’ici les éleveurs ont résisté car il y a eu globalement une forte augmentation de la productivité avec des variations selon les bassins de production. On sait aujourd’hui nourrir les animaux de façon plus efficace qu’on ne le faisait avant, donc on consomme moins de grains. Et puis il y a eu aussi le progrès génétique, particulièrement dans la volaille ou le porc. Par exemple, on a gagné 3 porcelets par truie en France entre 2000 et 2010. Cela représente 270 kg de viande en plus, c’est énorme !  Autre explication : la production s’est peu à peu délocalisée vers des pays à plus faible coûts de production ou dans des pays où les grains sont abondants notamment en Amérique du Nord et du Sud qui sont excédentaires. Malgré cela, la contraction des marges a été forte au cours des cinq dernières années et cette situation ne pourra pas durer.

 

Pourquoi les prix de la viande ne suivent-ils pas ceux des céréales ?

 

L’élasticité des prix de la viande n’est pas la même. Les prix dans les rayons n’augmentent pas ou pas assez alors qu’il faudrait une augmentation de presque 40 à 50% pour rétablir l’équilibre. Mais est-ce que les consommateurs européens sont prêts à payer ce prix ? On observe aujourd’hui que les prix en Europe sont tirés par le marché mondial ce qui est là aussi un renversement historique. L’augmentation du prix du porc s’explique quasi exclusivement par les exportations vers l’Asie alors que dans le même temps la consommation européenne reste morose. Cela pose un certain nombre de questions car si la situation perdure en Europe les producteurs de viande vont changer de production ou partir dans des zones plus rentables. On observe déjà que les grands producteurs mondiaux investissent dans les pays émergents en Chine, en Afrique du Sud ou en Ukraine. On parle beaucoup de désindustrialisation en France aujourd’hui mais on peut craindre un phénomène similaire de délocalisation pour l’élevage français.

 

 

 


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