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« La sidérurgie européenne reste fragile »

Le 11 juillet 2012 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

 

Entretien avec Philippe Darmayan, président de la Fédération française de l’acier et directeur général d’Aperam. 

 

Quelle est la situation de la sidérurgie en Europe et en France ?

La sidérurgie en France résiste mais s’intègre dans un marché européen dominé par la morosité. Dans l’Union Européenne la production d’acier est encore inférieure de 10 à 20% au niveau qu’elle avait atteint avant la crise de 2008-2009. Après un rebond rapide, la situation s’est inversée à la fin de l’été 2010. L’activité stagne depuis. Les investissements sont dans l’expectative et la consommation d’acier faiblit. Par rapport à la crise de 2008, on ne peut pas parler aujourd’hui de crise aigüe pour la sidérurgie, mais d’une situation morose dans la durée, avec le marasme dans l’Europe du Sud et même l’Allemagne qui, en ce moment, donne des signes d’essoufflement. 

 

Quelle est la situation des industries consommatrices d’acier, notamment l’automobile ?

Dans l’automobile la situation est meilleure que ce que l’on dit en général car les livraisons des sidérurgistes sont suffisamment diversifiées et il y a de grandes disparités entre les différents constructeurs. Toutefois, la production française est avant tout orientée vers le milieu de gamme qui souffre particulièrement.

 

Bénéficiez-vous d’une baisse des prix des matières premières ?

Nous attendons une baisse des prix du minerai de fer et du charbon à coke, en ligne avec la baisse généralisée des prix des matières premières. L’impact sur nos marges dépendra du traitement de la surcapacité sidérurgique car depuis 2008, nous avons assisté à un transfert de la valeur de la production d’acier vers l’extraction de minerai.

 

Où en est l’évolution de la taxe carbone sur vos produits ?

Les « politiques » doivent prendre conscience de la fragilité de notre secteur, et de celle de l’industrie manufacturière en général. Nous sommes parfaitement conscients des problèmes environnementaux générés par les émissions, mais la volonté française de montrer la voie est dangereuse pour notre compétitivité. Les contraintes doivent être équitables et plutôt que de vouloir être systématiquement en avance, nous devrions nous définir par rapport à un benchmark mondial et suivre ses progrès.

 

La production d’acier est-elle menacée en Europe ?

Les variations des taux de change font qu’il est plus prudent de produire l’acier près des lieux de consommation. Mais il faut un vrai changement pour montrer l’intérêt porté à nos industries lourdes: des règlements environnementaux équitables, des charges sociales en ligne avec les autres pays, un fret ferroviaire qui n’oublie pas certains de ses clients...

Enfin, il y a une surcapacité dans le monde et en particulier en Europe. Cette surcapacité doit être réduite. C’est une condition indispensable au rétablissement des marges.

 

Les importations menacent-elles la sidérurgie européenne ?

La surcapacité qui existe dans les pays asiatiques les amène à exporter vers l’Union Européenne, en utilisant souvent le dumping. Après avoir mis en œuvre le dossier des aciers galvanisés pré-peints (organic coated steel), Eurofer va examiner les importations d’aciers inoxydables. Cela va dans le bon sens mais dans un contexte européen qui ne favorise pas la défense de l’industrie locale. Rappelons qu’aux Etats-Unis, c’est aux exportateurs de faire la preuve que leurs aciers ne sont pas vendus à des prix de dumping. L’Europe devrait en prendre exemple pour défendre sa sidérurgie.

 

Comment ont réagi les aciéristes ?

Face à une crise qui est certes moins aigüe que celle de 2008 mais sera plus durable, les aciéristes ont mis en place depuis 2010 d’importants programmes de réductions de capacités, de coûts et de frais généraux. Ils ont identifié les sites à développer, et les ont saturés – ceux construits en bord de mer principalement. Ils doivent également définir quelles capacités il faut réduire, soit temporairement soit définitivement. Mais notre action n’a pas porté que sur l’adaptation de l’offre à la demande : pour maintenir nos débouchés, notamment dans l’industrie automobile, d’importants progrès ont été accomplis en termes de qualité, d’application mécanique, de polyvalence, de légèreté. Le développement produit et la part de l’acier dans l’activité économique sont fondamentaux.

 

La concentration du secteur est-elle la solution pour l’acier inoxydable ?

La situation des Inox est analogue à celle des aciers au carbone, car après le développement accéléré des usines chinoises, la surcapacité mondiale culmine entre 30 et 40%. Jusqu’en 2000 les producteurs européens exportaient leurs excédents vers l’Asie, un marché désormais fermé. Résultat, les surcapacités en Europe atteignent 1,5 à 2 millions de tonnes (Mt). L’inox est un secteur peu concentré, où la concurrence est forte et mondiale, il y a actuellement 7 ou 8 entreprises avec une capacité d’au moins 2 millions de tonnes. La fusion entre Outokumpu et Inoxum, la branche Inox de ThyssenKrupp, est un premier pas vers une consolidation du secteur. Aperam, déjà le produit d’une fusion en 2002, dispose d’une gamme complète de produits et de capacités de production excédentaires. Il n’y a donc pas de fusion en vue – ce qui ne permettrait pas de synergie – mais une amélioration de la rentabilité qui se fera par l’application de notre plan de progrès « Leadership Journey » visant à économiser 350 millions de dollars d’ici à fin 2013. Notre bilan est sain, mais la priorité est de rétablir nos marges. 


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