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"La présence des compagnies minières est un facteur positif dans la lutte contre Ebola"

Le 09 septembre 2014
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

Entretien avec Christian Mion, associé EY, responsable mines de la région Europe, Moyen-Orient, Inde, Afrique, et membre de la direction du secteur mines.


Comment ont réagi les grandes compagnies minières à l'épidémie Ebola ?
Elles avaient déjà mis en place, il y a cinq mois, en Guinée, une interdiction de circuler, un travel ban, pour leurs salariés expatriés. Si le brésilien Vale a évacué l'ensemble de ses salariés, les autres groupes miniers sont toujours présents en Afrique de l'Ouest. Ils ont étudié les différentes mesures de sécurité, qui vont de l'évacuation pure et simple des salariés à l'isolement des complexes miniers, qui doivent continuer de fonctionner.

Les liaisons aériennes sont-elles interrompues ?
Emirates et British Airways ont cessé de desservir la Guinée, le Liberia et la Sierra-Leone. Air France n'a maintenu ses vols que vers la Guinée, mais en a réduit la fréquence. Seules Royal Air Maroc et Brussels Airlines continuent de desservir les trois pays.

Comment a évolué cette nouvelle phase du développement d'Ebola, un virus identifié pour la première fois en 1976 ?
Ce nouvel épisode de l'épidémie a éclaté fin 2013, en Guinée. Il y a eu des cas perlés jusqu'en avril 2014, provoquant une interdiction de circuler pour les compagnies minières. La gestion sanitaire était très correcte.
Mi-juillet, plusieurs cas plus spectaculaires – un médecin américain et son assistante rapatriés aux Etats-Unis à la veille du sommet Afrique-Etats-Unis, un prêtre espagnol mort en Espagne et un Libérien mort à Lagos au Nigéria – ont provoqué un emballement médiatique. Des malades se sont également enfuis après que leur centre de soins a été attaqué à Monrovia, la capitale du Libéria. Si l'épidémie est stabilisée en Guinée, elle progresse rapidement en Sierra-Leone et au Libéria, ayant provoqué de 400 à 500 morts en une semaine. Toutes les grandes institutions internationales, OMS, Banque mondiale, à la suite des grandes ONG comme Médecins Sans Frontières, planchent sur l'épidémie. De nouveaux vaccins sont à l'état d'étude avancée et des médicaments existants semblent avoir une efficacité pour lutter contre la fièvre hémorragique.

A quel stade en est l'épidémie ?
Le pire n'est pas passé. Il faut craindre les retombées d'une telle épidémie dans une agglomération de 22 millions d'habitants comme Lagos. Qu'en est-il également de la Côte d'Ivoire? Les grandes forêts où l'épidémie s'est développée ne s'arrêtent pas aux frontières, elles couvrent aussi d'importantes surfaces au Ghana où l'on retrouve les mêmes pratiques culturelles et culinaires, favorables à la propagation du virus. Il est quasiment impossible à ce jour de définir et circonscrire le périmètre précis et possible de l’épidémie, dont un premier cas a été identifié au Sénégal.  

Quelles sont les précautions spécifiques prises par les compagnies minières ?
Les travailleurs des unités minières isolées sont ravitaillés avec une alimentation saine que leurs procurent des sociétés internationales type Sodexho, Catering International Services ou d'autres. La principale difficulté est la gestion des travailleurs des mines qui rentrent chez eux le week-end. Ce problème de santé publique fait partie des bonnes relations que doivent entretenir les compagnies minières avec les populations locales. C'est, selon une étude récente d'EY, "Business Risk Facing Mining and Metals 2014/2015", le troisième plus important défi que doivent surmonter les entreprises du secteur, ce que nous définissons comme "Social Licence to Operate".
La présence des compagnies minières en Afrique de l'Ouest est un facteur positif pour l'éradication d'une épidémie qui les menace également. Les sociétés cotées présentes dans la région ont subi des baisses significatives de la valeur de leurs actions. Outre des aides financières importantes et une augmentation des précautions sanitaires, elles participent à la coordination de la lutte contre l'épidémie.

Que préconise EY pour circonscrire l'épidémie ?
Il faut tout d'abord améliorer la sécurité sanitaire de ces régions. Il y a aussi la question de l'éducation face à la "culture forestière". La consommation de viande de brousse et l'importance des rites funéraires sont des facteurs de risque. Je suis chargé d'évaluer les risques pour les déplacements de travailleurs expatriés dans cette région.

Quels sont les risques économiques pour les pays touchés ?
En perturbant l'économie de ces pays, il y a déjà eu un impact monétaire. Les grands projets miniers, principalement dans le minerai de fer, étaient déjà fragilisés par un marché en surplus. Ebola va entraîner des retards additionnels. Les gouvernements locaux devraient réussir à circonscrire l'épidémie avec l'aide des grandes organisations internationales.


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