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"La part du papier diminue mécaniquement"

Le 25 juin 2014 par Franck Stassi
* Mots clés :  Les prévisions, Entretien


ENTRETIEN 

Entretien avec Paul-Antoine Lacour, délégué général de Copacel (union française des industries des cartons, papiers, et celluloses).


La production française de pâtes à papier a reculé de 6,4% en 2013. Comment expliquer cette baisse ?

 
Le secteur est très concentré. Avec onze usines en France, il suffit qu’une usine connaisse des réductions de production pour différentes raisons pour que cela ait des répercussions sur l’ensemble. La première raison de cette baisse réside dans l’arrêt de la production de l’usine Stracel du groupe UPM de Strasbourg (Bas-Rhin), fin 2012. Le repreneur est passé du papier graphique à l’emballage. La production intégrée de pâte a été arrêtée. L’autre élément qui a pesé, c’est l’arrêt, début 2014, de l’activité de l’usine de Corbehem (Pas-de-Calais) du groupe Stora Enso, qui fabriquait du papier magazine. La pâte thermomécanique a accusé un recul de 23,4 % de sa production entre 2012 et 2013, compte tenu de l’arrêt de ces deux sites. Le recul de l’activité de pâtes thermomécaniques est lui-même la conséquence de la baisse de la consommation de pâtes utilisées pour la fabrication de papiers graphiques.
 
Quelles causes expliquent la baisse du segment des papiers graphiques ?
 
Parmi les quatre grands segments papetiers (papiers graphiques, emballage, hygiène, papiers spéciaux), il y a un recul tendanciel des papiers graphiques. Ce segment représente 36% de la production française. Cette contraction structurelle est liée au contexte économique (moins de correspondance interentreprises, moins de publicité) ainsi qu’à des raisons structurelles (l’utilisation d’autres supports pour transmettre de l’information). On passe d’une situation où le papier était en situation de monopole à un monde multicanal où on aura le choix entre plusieurs supports. La part du papier diminue mécaniquement.

 

Comment vous adaptez-vous à cette évolution des comportements ?

 
A l’avenir, le papier sera utilisé davantage avec des vocations précises. Dans le domaine de la publicité, par exemple, la valeur de l’information sur le papier est perçue comme supérieure à celle lue sur écran. De même, certains secteurs comme le luxe y sont très attachés. L’industrie papetière engage donc des démarches pour promouvoir ces usages. A contrario, certains usages du papier vont fortement se contracter (cartes routières, documentation technique…). En revanche, les autres segments que sont l’emballage, l’hygiène et les papiers spéciaux se portent mieux. Entre 2012 et 2013, la consommation de papiers d’hygiène a augmenté de 1,8%. Dans l’emballage, l’e-commerce tire la consommation. La réduction de la taille des cellules familiales et l’essor de la consommation hors-domicile conduisent par ailleurs au développement de conditionnements plus petits mais plus nombreux.
 
Le prix de la pâte à papier NBSK, produite à partir de résineux de l’hémisphère nord, a gagné 12% en 2013. Quelles raisons expliquent cette hausse ?
 
Le prix de la pâte NBSK augmente par application de la loi de l’offre et de la demande. De nouvelles capacités de production ont été mises en service afin de fabriquer ce type de fibres mais la croissance de l’offre reste modérée par rapport à celle de la demande. Les prix de la fibre courte sont moindres que ceux de la NBSK car on constate plus de mises en service. De plus, le marché de la pâte à papier est mondial. Il est notamment tiré par les pays émergents. La fibre courte (eucalyptus, autres feuillus) et la fibre longue (la NBSK, par exemple) ne sont pas substituables. La fibre courte est davantage utilisée sur des usages graphiques, tandis que la longue permet davantage de résistance. Les deux peuvent être mélangées. Par ailleurs, une part importante des papiers est produite à partir de papiers récupérés. C’est le cas pour plus de 60% des papiers en France.
 
81,6% des papiers et cartons consommés ont été récupérés après usage, en 2013. Comment comptez-vous accroître ce taux ?
 
Ce taux est déjà très important par rapport à d’autres matériaux. Pour l’accroître, il faut agir sur des gisements peu mobilisés actuellement, comme les papiers bureautiques qui sont encore insuffisamment récupérés. Nous avons noué un partenariat avec La Poste afin que les facteurs collectent les papiers usagés des PME. Cela évite de produire des déchets non-valorisés. Il faut également réduire les coûts de collecte. Actuellement, pour pouvoir produire du papier graphique à partir de papiers récupérés, les coûts des matières premières sont relativement élevés et quasiment plus chers que les fibres vierges. Il n’y a pas d’incitation forte à s’emparer de cette source.
 
Quelles sont les perspectives du marché pour 2014 ?
 
Les marchés sont européens. Nous anticipons une croissance de la consommation dans les domaines de l’emballage, de l’hygiène et des papiers spéciaux. Nous tablons en revanche sur une poursuite du repli de la consommation de papiers graphiques, avec une baisse plus forte dans les papiers de presse (magazines, publicité) que dans les papiers bureautiques. Les usines productrices doivent ajuster leur outil de consommation et continuer à résorber les surcapacités qui subsistent.

 

 


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