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"La Chine fait évoluer sa politique de collecte du coton", selon Sheng Duanmu

Le 25 juillet 2014 par Franck Stassi


ENTRETIEN 

Sheng Duanmu, consultant pour Agritel, société de conseil en gestion des risques de marchés agricoles, à Shanghai (Chine), revient sur la baisse des importations chinoises de coton.

 

D'après le département américain de l'Agriculture, les importations chinoises de coton devraient de nouveau reculer en 2014-2015, à 8 millions de balles (Mb), contre 13,5 Mb en 2013-2014. Comment expliquer cette nouvelle baisse ?

Deux éléments pourraient expliquer cette baisse des importations de coton de la Chine, à commencer par la stagnation des approvisionnements des usines textiles chinoises. Depuis la campagne 2012-2013, la consommation chinoise oscille entre 34 et 36 millions de balles. La crise qui touche l’Europe et les Etats-Unis n’étant pas terminée, la demande de la filière textile en Chine n’est pas revenue à ses niveaux antérieurs (autour de 50 Mb pendant la campagne 2009-2010). Par ailleurs, on constate un rétrécissement de l’écart entre les prix domestiques chinois et le marché international. Les prix pratiqués sur le marché à terme du coton en Chine atteignaient, il y a quelques années, le double de ceux pratiqués sur l’ICE (aux Etats-Unis). Maintenant, le changement de la politique de collecte du coton favorise cette baisse.


Peut-on parler d'une inflexion de la politique chinoise d'achat de produits agricoles ?

Il s’agit plutôt de l’influence d’une évolution de la politique de collecte. Pendant la campagne 2011-2012, le gouvernement s’est mis à acheter du coton auprès des agriculteurs chinois avec des prix garantis, supérieurs aux prix pratiqués sur le marché mondial. Cette politique exerce une influence importante sur les volumes importés par la Chine. Le gouvernement testera à partir de la récolte 2014, dans la région autonome de Xinjiang qui représente environ la moitié de la production du pays, un nouveau système qui consistera à calculer un prix moyen sur le marché chinois, et à déterminer un objectif de prix. Si la moyenne des prix du coton pratiqués sur le marché chinois est inférieure à l’objectif de prix, le gouvernement remboursera les agriculteurs. Actuellement, les objectifs de prix sont supérieurs aux prix du marché. Cette nouvelle politique a en partie pour but de réduire les dépenses étatiques.


Le Comité consultatif international du coton a de nouveau abaissé, début juillet, ses prévisions de prix du coton en justifiant ce mouvement par une remontée des stocks chinois et le recul des importations du pays. Comment la Chine influe-t-elle sur les prix mondiaux du coton ?

En tant que premier importateur mondial de coton, la Chine joue un rôle très important sur les prix. A ce jour, les collecteurs étatiques disposent de stocks colossaux, qui représentent plus d’un an et demi de consommation. Ces importants stocks limitent l’ardeur des importations de la Chine. De plus, l’aspect "offre" est très important. Aux Etats-Unis, premier exportateur mondial, les surfaces cultivées en 2014-2015 progresseraient d’environ 25 % par rapport à celles de 2013-2014. Les conditions climatiques sont favorables pour le développement des cultures aux Etats-Unis, avec actuellement une proportion des cultures jugée en état de "bon à excellent" bien supérieure à celle atteinte il y a un an. Cela fait aussi pression sur les prix.


Les autres produits agricoles chinois sont-ils également concernés par des évolutions de la politique chinoise en matière de collecte ?

Oui. Un test est lancé sur le marché du soja en 2014-2015, à l’instar de la politique testée sur le marché du coton. Jusqu’en 2013-2014, une politique de collecte selon des prix minimum garantis était aussi de mise sur le marché du soja. Ces deux produits ont été sélectionnés car l’impact de ces tests peut être limité : les stocks de coton sont très importants, tandis que le marché chinois du soja est très connecté au marché mondial avec de gigantesques quantités importées. Un changement de politique n’aurait pas d’influence significative sur ces deux marchés.

 


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