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« L’urgence aujourd’hui est de réduire la demande »

Le 03 août 2012 par Fabien Daireaux
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

 

Enrtetien avec Michel Portier, directeur d’Agritel, société de conseil indépendante spécialisée dans la gestion des risques sur les marchés des matières premières agricoles.

 

 

 

 

 

 

Comment expliquez-vous l’envolée actuelle des cours ?

 

Aux Etats-Unis, au printemps dernier, la production de maïs 2012/13 était estimée autour de 380 millions de tonnes. A ce jour, nous anticipons une récolte de seulement 273 millions de tonnes. Cette perte de potentiel de récolte de plus 100 millions de tonnes correspond à l’équivalent de ce qui est échangé sur le marché international au cours d’une année entière ! Les bilans prévisionnels nous montrent qu’aux Etats-Unis, premier producteur mondial de maïs, le stock de report au premier septembre 2013 serait négatif, chose impossible. La conjugaison inédite des différentes sécheresses dans les principaux bassins de production mondiaux, notamment aux Etats-Unis et en Mer Noire, a entraîné une hausse des cours du maïs et du blé, qui paraît toute aussi fulgurante que la hausse des températures. Les conséquences sont aujourd’hui claires : l’offre ne pourra plus être augmentée. 

 

 

La demande mondiale peut-elle s’adapter à cette réduction de l’offre en maïs ?

 

L’urgence aujourd’hui est de réduire la demande et  à  plus long terme de se donner les moyens d’augmenter la production. L’augmentation des prix entraîne naturellement cette réduction de la consommation, mais celle-ci n’est pas uniforme selon les secteurs. Pour la consommation humaine, nous constatons une certaine  inélasticité prix/demande, chez les fabricants d’aliments du bétail, il existe normalement des produits dits de substitution alors qu’en industrie alimentaire la substitution est globalement faible. Une autre piste possible consisterait à baisser la production d’éthanol. Le programme américain RFS (Renewable Fuel Standard) impose une incorporation d’éthanol pour 13,2 milliards de gallons. Un système dit de crédit permet aux opérateurs qui ont produit plus d’éthanol qu’exigé les années précédentes de bénéficier d’un crédit de report. Les Etats-Unis utilisent en année normale environ 120 millions de tonnes de maïs pour la fabrication d’éthanol, et l’utilisation de ces crédits de report permettrait d’alléger le bilan d’environ 24 millions de tonnes.

 

Que peuvent faire les autorités mondiales ?

 

Il faut s’attendre à une répercussion de cette hausse des cours sur le panier de la ménagère dans les mois à venir, avec des effets très variables selon les produits.  En France, le président de la république a ainsi demandé au ministre de l’agriculture, Monsieur Le Foll, de saisir le groupe « AMIS », groupe de surveillance des marchés agricoles mis en place dans le cadre de la présidence française du G20, pour gérer la volatilité des marchés agricoles. Au-delà de ces mesures conjoncturelles liées à cette situation exceptionnelle, il faudra avoir le courage de s’attaquer aux fondamentaux, en résumé : augmenter l’offre et cela passe notamment par des investissements dans les biotechnologies et aussi mettre en place des stocks de sécurisation alimentaire au niveau mondial, qui seraient un élément de stabilité. Une marge de manœuvre existe aussi sur la limitation du gaspillage entre les volumes de matières premières agricoles sorties du champs et les volumes réellement consommés.

 

Faut-il s’inquiéter de la volatilité des marchés agricoles ?

 

La volatilité des cours dans la filière agricole est devenue structurelle depuis le démembrement des filets de sécurité de l’ancienne PAC, avec ses outils de gestion qu’étaient les prix d’intervention et les prix de seuil. Si le poids des financiers et des spéculateurs est certes un facteur d’augmentation de cette volatilité, il serait malhonnête de lui en faire porter l’entière responsabilité, car l’augmentation de la fréquence des incidents climatiques va de plus en plus accentuer cette volatilité.

 

 


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