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L’internationalisation sauve le recyclage

Le 30 juin 2009 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Les prévisions


Claude Platier, porte parole de Federec, la Fédération des entreprises du recyclage

Que disent les derniers chiffres sur l’évolution du secteur du recyclage ?

Si l’on se fie aux moyennes annuelles, on a des résultats globaux trompeurs. En 2008 la production de matières premières recyclées a augmenté de 3,5% à 37,2 millions de tonnes. Bien que marquant un ralentissement, le chiffre d’affaires progresse de 5% à 11,3 milliards d’euros. Mais ce résultat cache une année divisée en deux semestres opposés : le premier a vu les prix grimper vers des sommets historiques, au second le reflux a été le plus brutal enregistré depuis 35 ans. Un effet psychologique a amplifié les variations de prix.

 

Où en est le marché des ferrailles ?

La production de ferrailles a connu son point haut en 2004 lorsque l’on a quasiment épuisé les gisements dormants. Cette année, bien que la production d’acier ait été divisée par deux en Europe, les prix se sont pratiquement maintenus au niveau de 2005-2006.

Les prix ont été soutenus au niveau international par une reprise des importations de laChine. Si les aciéries électriques ne représentent pas plus de 13% de la production d’acier en Chine, sa place est telle qu’elle est le premier consommateur mondial de ferrailles devant les Etats-Unis.

En Europe, les achats de la Turquie soutiennent les prix, mais les achats par à-coup ont rendu le marché imprévisible. La période estivale devrait voir une consommation atone avec un grand nombre d’usines arrêtées.

L’évolution positive des cours du pétrole pourrait conditionner une reprise de la croissance du BTP au Moyen-Orient, vorace en aciers.

 

Comment expliquer la pénurie relative de déchets cuivreux ?

La baisse de l’activité dans le secteur de la transformation des métaux a entraîné mécaniquement une baisse de la disponibilité des déchets neufs alors que la déprime de l’immobilier et des grands chantiers réduit la collecte issue de la démolition. La grande question concerne les achats chinois. Répondent-ils à des besoins ou à un mouvement de restockage. Le puissant rebond des cours du cuivre est « sain » car il correspond à une baisse des stocks, à l’inverse du marché du plomb. Les cours du métal mou se sont appréciés alors que les stocks s’accumulaient. Le marché de l’aluminium est également pénalisé par des stocks pléthoriques. La consommation de métal léger recyclé est dépendante de la reprise de l’industrie automobile.

 

Comment résiste le marché des fibres de récupération ?

Le marché occidental des papiers est en crise structurelle. On a encore récemment annoncé l’arrêt probable d’activités avant la fin de l’année d’une usine, dans le sud de laFrance , qui   consomme 200 000 tonnes de fibres recyclées. Un marché mâture qui souffre globalement d’une pénurie d’investissements. Le marché des fibres recyclées dépend des exportations vers la Chine , tout du moins pour les plus basses sortes. La Chine est devenue en 2009 le premier client à l’exportation des recycleurs français devant l’Espagne et l’Allemagne. Ces échanges sont positifs en matière de CO2, on remplit des conteneurs vides et les achats de vieux papiers préservent la forêt chinoise.

Le marché a touché son point bas en novembre 2008 et se reprend progressivement. Son problème est la solvabilité de ses clients de l’industrie du papier et du carton.

 

Y a-t-il du mieux dans le recyclage des plastiques ?

Le recyclage des plastiques a également enregistré son point bas en novembre 2008 avec des chutes de prix jamais vues. Avec une plasturgie sinistrée la demande avait littéralement disparu. Il y a eu depuis une lente reprise, toujours en raison des achats chinois et des autres pays asiatiques. Là aussi le marché est particulièrement irrégulier.

 

Comment vont les entreprises du secteur ?

Le secteur vit une période difficile et les plus heureux se contentent de tenir la tête hors de l’eau en équilibrant leurs comptes. Outre la baisse des prix on a subi cette année une baisse d’activité d’au moins 30% en termes de volumes. La concentration s’est poursuivie en 2008 mais à un rythme ralenti. Désormais, quant à l’évolution de la structure du secteur, tout dépendra de la durée de la crise. Pour qu’une vente se fasse, il faut un acheteur et un vendeur et ces derniers vont attendre, s’ils le peuvent, pour que leurs actifs soient mieux valorisés.

 

Quels sont les grands défis à moyen terme du recyclage ?

Il y a un grand chantier, la directive européenne sur les déchets qui fera de nos matières des produits comme les autres, avec ses avantages et ses contraintes. La commission européenne et les professionnels du recyclage travaillent d’arrache-pied sur ce dossier. Bien que complexe, sa mise en application devrait à terme être favorable au secteur. Pour continuer à se développer, le recyclage doit continuer d’améliorer la qualité des matières premières secondaires qu’il produit. Le changement peut faire peur mais la règlementation, comme le marché, est souvent un facteur de progrès.  

 

Propos recueillis par DK


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