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« L’acier inoxydable a perdu son lustre »

Le 19 mai 2011 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN  Entretien avec Marcel Genet, directeur général du cabinet en stratégie, spécialisé dans les mines et métaux, Laplace Conseil (www.laplaceconseil.com).

Après ArcelorMittal, c’est au tour de ThyssenKrupp de donner son indépendance à sa branche Inox. Comment expliquer cette volonté des sidérurgistes à se concentrer sur leurs aciers au carbone ?

Historiquement, l’acier inoxydable était considéré comme un acier de haut de gamme, avec de meilleures perspectives de croissances que les aciers au carbone. Il était supposé être mieux protégé des difficultés du secteur. Se développant à l’ombre des aciers au carbone, il a longtemps bénéficié d’un tropisme favorable au « haut de gamme ». Mais la réalité est depuis longtemps bien différente. Ecartant le jugement de valeur traditionnel, l’acier inoxydable est un acier à haute productivité et non à haute valeur ajoutée, bien plus que les aciers au carbone.

Pour une bobine d’acier laminé à froid d’Inox classique – austénitique 18/10 –, près de 80% de la valeur de la tôle est représenté par ses intrants (ferrailles, nickel, chrome et les autres éléments d’alliages entrant dans sa composition). 

A un degré moindre, la tendance est la même pour les aciers ferritiques, ne contenant pas, de nickel. Alors que, depuis 10 ans, le prix moyen de l’Inox austénitique augmente en moyenne de 100 euros par tonne et par an, outre une très forte volatilité, la part attribuée à la transformation diminue de 40 euros et ce coût de la transformation demeure baissier pour l’instant.

 

Le fait d’être devenus indépendants va-t-il favoriser le redressement des aciéristes spécialisés dans l’acier inoxydable ?

Le secteur n’a pas pris assez tôt la mesure de la globalisation et, en Europe, longtemps la région primordiale du secteur, leur situation est aujourd’hui difficile.

Un problème majeur est que l’on ne sait pas ce que vaut exactement une société productrice d’acier inoxydable. Parmi les quatre grands européens, Aperam, la branche Inox d’ArcelorMittal et était encore très récemment intégrées à l’acier au carbone et celle de ThyssenKrupp l’est encore pour quelque temps. L’espagnol Acerinox est présent en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique du Sud et en Malaysie alors que le finlandais Outokumpu est intégré vers l’amont avec en particulier une forte activité chrome. En séparant leurs branches Inox, AM et TK vont permettre aux marchés de mieux les juger et de leur donner une valeur.

 

Va-t-on vers des fusions ?

La restructuration du secteur ne devrait probablement pas inclure des opérations de fusions-acquisitions majeures. La fusion de groupes créerait dans la plupart des cas une nouvelle entité contrôlant 40 à 50% de l’offre en Europe, trop pour les autorités de la concurrence sauf à envisager des désinvestissements importants (remedies). Des fermetures de capacités d’aciérie semblent improbables à court terme car les unités obsolètes ont déjà été fermées et celles qui sont en activité sont de bon niveau.

Je ne vois pas l’intérêt d’une fusion avec un groupe asiatique. Ce serait une fausse bonne solution car il n’y a pas de synergies évidentes entre producteurs européens et producteurs asiatiques. Acquérir une société pour fermer une partie de ses capacités n’a guère de sens. Cependant, des ajustements de moindre ampleur ou des spécialisations entre producteurs deviendront plus envisageables.

 

Le développement de la recherche peut-il améliorer la situation ?

En Europe, la production des aciers inoxydables est mature et stable et ne nécessite pas, actuellement, de recherches importantes pour les classiques 18/10 ou 316. Seule la production des  inox spécialisés et des superalliages peut en bénéficier, mais c’est un marché de niche trop petit en volume pour compenser les difficultés des aciers qui nécessitent une haute productivité pour être rentable

 

La Chine joue-t-elle sur ce marché le rôle majeur qu’elle joue dans les marchés d’aciers au carbone ?

Aujourd’hui, le marché de l’acier inoxydable est dominé par la demande asiatique. Globalement, bien sûr, comme pour les autres métaux, mais également au niveau de la consommation par habitant. Avec une consommation par tête de 8,5 kilogrammes, la demande de la Chine est supérieure à celle de l’Europe, 7,8 kilogrammes, ou l’Amérique du Nord, 5,9 kilogrammes.

Outre une préférence marquée en Chine pour les produits de consommation en Inox, ce volume inclut les produits transformés réexportés, couverts ou casseroles par exemple. En Asie, une part croissante de la demande est amené par les séries 200, moins chères car ne contenant pas de nickel, même si leur valeur d’usage est moindre, notamment en présence de corrosion saline.

 

La production d’acier est-elle devenue une industrie comme les autres ?

La sidérurgie est redevenue une industrie normale dont le but est de faire des profits, « de créer de la valeur pour les actionnaires », indiquent les bilans des entreprises. En Europe, pas moins des trois-quarts de la production d’acier est contrôlée par des entreprises dont l’actionnariat est majoritairement familial comme AM, Tata, Tenaris, Riva… Les Etats ne sont plus présents que dans moins d’un quart des entreprises sidérurgistes, et encore comme actionnaires très minoritaires.

Toutefois, si ce sont les impératifs financiers qui prédominent, il y a toujours un délai important entre la réflexion et la prise de décision. La mise entre les mains du marché des branches Inox va peut-être permettre à ces entreprises de recevoir les investissements de Fonds s’ils jugent qu’elles sont rentables et que leur niveau de prix est sous-évalué.

La production d’acier est un secteur qui est entré depuis 10 ans au moins dans une nouvelle ère de la mondialisation et qui s’est remis vigoureusement en mouvement. Chaque entreprise doit adapter sa stratégie à cette réalité incontournable.

 

Propos recueillis par Daniel Krajka

 


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