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Réduire ou non la production de pétrole: le dilemme de l’Opep

Le 18 novembre 2014 par Myrtille Delamarche
* Mots clés :  Pétrole
Opep
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La shale-révolution signe-t-elle la fin d’une longue unanimité à l’Opep ? A l’approche de la réunion très attendue du 27 novembre, les discussions vont bon train au sein du cartel des pays exportateurs de pétrole, qui avance pour l’instant en ordre dispersé.

 

Réduire, ou non, la production pétrolière au sein de l’Opep pour contrer la chute des prix du brut. Telle est la question qui divise ces jours-ci l’organisation, qui rassemble 12 des principaux pays exportateurs de pétrole, à l’exception notable de quelques géants comme la Russie, le Canada, le Brésil, la Chine et, surtout, les Etats-Unis.

 

Première option : ne rien faire. La demande stagnante face à une offre en hausse va faire baisser les investissements sur les gisements les plus coûteux (offshore profond, huiles de schiste extraites par fracturation hydraulique, forages horizontaux et sables bitumineux), baisse qui atténuera la chute et devrait amener à une stagnation des prix des bruts en fourchette basse (proche ou juste inférieure à 80$ pour le WTI). C’est l’option qui a la préférence de l’Arabie Saoudite, du Koweit ou des Emirats Arabes Unis, qui extraient à bas coût dans les déserts du Golfe. Ces avocats de l’attentisme comptent à plus long terme sur une reprise de la demande portée par les pays émergents en pleine croissance. Ils peuvent en outre supporter une année ou deux de profits réduits, leurs budgets n’étant pas directement menacés par les prix actuels du brut, d’autant plus qu’ils sont plutôt en fourchette haute de leurs capacités de production. Cette option revient à sécuriser la part de marché plutôt que la marge.

 

Seconde option : réduire la production, quitte à sacrifier au passage des parts de marché au profit des producteurs non-Opep, Etats-Unis en tête. Avec le risque que ces coupes dans la production ne suffisent pas à provoquer une hausse suffisante des prix pour compenser la perte de marchés. C’est la stratégie défendue par l’Iran, l’Irak, la Libye, le Nigeria et le Venezuela. Mais la situation se complique, pour les tenants de cette option « coupes de production », lorsque qu’on cesse de considérer le pétrole comme un produit homogène et que l’on prend en compte les diverses qualités de bruts. La concurrence américaine touche plus fortement les huiles légères extraites par la Libye, le Nigeria et l’Angola que les pétroles lourds extraits en Arabie Saoudite et dans les autres pays du Golfe. Ces pays aux budgets plus fragiles ne peuvent donc ni réellement réduire un niveau de production déjà mis à mal par divers événements géopolitiques (guerres, insécurité, mauvaise gouvernance…), ni supporter des prix aussi bas à long-terme. Ils comptent donc sur l’Arabie Saoudite pour couper dans sa propre production, elle qui semble la moins encline à le faire, et pour qui une remontée rapide des cours est la moins cruciale. Le ministre saoudien des Finances a quelque peu douché leurs espoirs, lundi 17 novembre, en réaffirmant dans les colonnes du journal Okaz que la chute des cours n’aurait pas d’impact sur les finances publiques de son pays.

 

L’Opep se retrouve donc dans une situation inextricable où elle doit choisir entre une position ferme de soutien des prix, qui renforcera ses concurrents en leur fournissant les moyens de multiplier les sites d’extraction non-conventionnels, et une politique du pourrissement qui étouffe ces mêmes concurrents par manque d’investissement en mettant à mal les équilibres budgétaires de certains de ses membres. Mais la tendance semble être à l'attentisme, les partisans d'un rebond provoqué n'étant pas en position de force.

 

C'est donc en dehors de l'Opep que certains de ses membres vont chercher le soutien qu'ils ne trouvent pas en interne. Ainsi, des discussions sont enclenchées entre la Russie (premier exportateur de pétrole non-Opep) et le Vénézuela. Lors d'un entretien le 17 novembre, le ministre russe de l'Energie Alexandre novak et le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Rafael Ramirez ont évoqué l'éventualité d'une action coordonnée ayant pour objectif de mettre un coup d'arrêt à la baisse des cours. Le PDG de Rosneft, premier producteur russe de pétrole, se rendra d'ailleurs à Vienne le 25 novembre, deux jours avant la réunion de l'Opep.

 

Au sein de l'organisation, les échanges vont bon train pour tenter d’arriver à un accord avant la réunion qui les réunira officiellement le 27 novembre à Vienne. Le ministre iranien du Pétrole vient de se rendre aux Emirats Arabes Unis, alors que le Président irakien et le Premier ministre libyen se succédaient à Riyad. Des représentants de l’Arabie ont quant à eux quitté Riyad pour l’Amérique latine, alors que le ministre vénézuélien des Affaires étrangères se déplaçait au Qatar et en Algérie.

 

 

Depuis fin 2012, la production globale de pétrole (en vert, actuellement supérieure à 92 Mbj) a significativement grimpé alors que la production de l’Opep (en bleu) est en léger retrait.

 

En attendant avec le calme des vainqueurs la décision de l’Opep, les Etats-Unis continuent à augmenter leurs capacités de production. Cette dernière a atteint 9,06 millions de barils/jour (Mbj) début novembre, un plus haut de tout l’historique des statistiques nationales, compilées par l’Energy Information Administration depuis… 1983.


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