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L'approvisionnement en gaz naturel dépendant de la logistique

Le 10 mars 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Energie, Gaz


Le conflit entre l'Ukraine et la Russie a ramené au premier plan la question de l'approvisionnement de l'Europe en gaz naturel. Le gaz liquéfié tendait déjà à prendre la direction de l'Asie où les prix sont plus élevés.


Le mois de mars met à rude épreuve les usagers européens de gaz naturel. Après l'invasion de la Crimée qui a souligné la fragilité d'un approvisionnement dépendant en grande partie de la Russie, ce sont les industries chimiques qui poussent un cri d'alarme :"L’Union des Industries Chimiques (UIC) appelle instamment les pouvoirs publics à réagir, d’extrême urgence, face à la situation de crise aigüe dans laquelle sont aujourd’hui placés plusieurs sites chimiques installés au sud de la France, très gros consommateurs de gaz, qui sont menacés à court terme d’arrêt de production par la forte augmentation du prix du gaz du fait du mécanisme d’attribution aux enchères des droits de transport nord-sud." 
 
En 2013, les analystes spécialisés dans l'énergie et l'environnement du cabinet Colombus Consulting pointaient déjà les risques de rupture d'approvisionnement. "Un renforcement et un développement du réseau et de l'infrastructure gazière en Europe est plus que nécessaire pour diversifier les approvisionnements en gaz, réduire la proportion de charbon dans le mix énergétique européen, gérer les pointes de la consommation, réduire les émissions de CO2 et accroitre la compétitivité du gaz", soulignait Colombus dans la conclusion d'une étude sur le gaz naturel en Europe. 
 
"Gazprom a augmenté sa part [dans l’approvisionnement] des marchés européens car la production intérieure de l'Europe a baissé dans des pays comme le Royaume-Uni et la Norvège. Nous ne voyons pas de signe indiquant de changement dans la situation de l'Europe", a indiqué Alexandre Medvedev, le vice-président de Gazprom, le 3 mars à Londres, devant un parterre d'investisseurs. La part du géant gazier russe dans l'approvisionnement de l'Europe est passée de 25,6% en 2012 à 30% l'an dernier. Les volumes livrés ont atteint 162,7 milliards de m3. 
 
 
Le gaz consommé en France arrive principalement, pour la zone nord, par gazoducs de Norvège (44%), de  Russie (17%) et des Pays Bas (17%).  L'approvisionnement est complété pour la zone sud par les terminaux méthaniers amenant du GNL d’Algérie (10%) ainsi que, pour les 12% restant, du Qatar, d’Egypte, de Lybie, d’Iran, et de Trinidad et Tobago. La zone sud dépend beaucoup des flux du nord pour compléter ses besoins, soulignait l'étude de Colombus qui mettait en garde sur une rupture possible des approvisionnements en gaz russe transitant par l'Ukraine ou la Biélorussie.  
 
Il est nécessaire de développer les infrastructures françaises dans le sud et dans l’ouest pour diversifier les points d’approvisionnements (construction de terminaux méthaniers et de gazoducs depuis le Maghreb et la mer Caspienne vers l’Italie). Ces infrastructures doivent être associées à des infrastructures de transport vers l’Europe de l’Est pour réduire la dépendance à la Russie, nous a précisé Simon Issard de Colombus.
 
Selon cet expert des questions d'infrastructures du gaz et de l'électricité, la priorité en Europe doit être donnée à l'augmentation de la souplesse du système de distribution du gaz. L'absence d'un schéma directeur européen ralentit le rythme d'investissements dans ce secteur, affirme l'analyste. La menace russe pourrait être une opportunité pour accélérer une prise de décision. Elle intervient après un hiver clément alors que les stocks européens sont à un niveau relativement haut. Sur le plan géopolitique, l'Europe sortirait renforcée d'une amélioration du transit gazier. Les pays les plus dépendants du gaz russe, Pologne, Roumanie  et Pays Baltes, sont ceux qui se sont manifestés le plus intensément contre l'intervention en Crimée, souligne Simon Issard. 
 
Comme le rappelle le communiqué de l'UIC, les besoins asiatiques, en particulier japonais, ont renchéri les prix du GNL et les terminaux de Montoir (Loire-Atlantique) et de Fos (Bouches-du-Rhône) sont désormais en sous-capacité. La solution peut venir de l'arrivée de GNL en provenance du Maghreb et du Moyen-Orient. Pour réduire la puissance que le gaz offre à la Russie, les Etats-Unis pourraient également exporter du gaz, notamment de schiste, vers l'Europe. Le projet TAP de gazoduc trans-adriatique, amenant du gaz d'Azerbaïdjan et d'Asie Centrale – qui, comme Nabucco, évite la Russie, et l'Ukraine – vers l'Italie complètera le dispositif.
 
Il est nécessaire de construire des capacités supplémentaires du nord vers le sud et de l'ouest vers l'est, résume Simon Issard.


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