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A la veille de la dérégulation, les prix du gaz restent orientés à la baisse

Le 26 novembre 2014 par Myrtille Delamarche
Gazprom
Gazprom
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Sur la pente tracée par le pétrole, le gaz continue sa chute. Rien de plus naturel, pour une ressource indexée sur le cours du brut ? Pas tout à fait. Car le prix du gaz est de plus en plus lié à ses fondamentaux (offre et demande) et n’a que très partiellement répercuté la baisse du prix du pétrole.

 

Plus que le pétrole, c’est la faible demande européenne qui plombe les prix du gaz : -11% de baisse estimée sur l’année, -18% sur le seul premier semestre 2014, selon l’indicateur Energy Pulse de la Société Générale. Et la tendance baissière se poursuit pour les années à venir : les prévisions de prix sur le NBP (National Balancing point, première bourse européenne du gaz et concurrente du français PowerNext) viennent d'être abaissées en novembre de 4% pour 2015 (à 54 pence par thermie), puis de 8% pour 2016-17 (à 52, puis 51 pence par thermie). Trois facteurs se conjuguent pour expliquer cette baisse : l’activité industrielle en berne, la diversification des ressources énergétiques (renouvelables entre autres) et la douceur de l’hiver européen.

 

Moins de la moitié du gaz européen reste indexé sur le pétrole

 

Depuis l’arbitrage RWE-Gazprom en 2013, qui a contraint ce dernier à rembourser l’énergéticien allemand de la différence entre les contrats à terme, indexés sur le pétrole, et les prix spot (au comptant), la fixation des prix du gaz sur le marché européen décroche peu à peu des cours du pétrole, après 40 ans d’évolution main dans la main. En France, GDF Suez avait suivi ce mouvement de découplage en faisant passer la part indexée sur le marché dans sa formule de prix  de zéro à 46% en un an. Désormais, Thierry Bros, analyste gaz et gaz naturel liquéfié (LNG) à la Société Générale, estime à moins de 50% la part indexée sur le pétrole du gaz vendu en Europe.

 

 

En cas de non-paiement par l'Ukraine, d’ici fin décembre, de la deuxième tranche du contrat de livraison de gaz russe signé le 30 octobre, Gazprom menace de couper l'approvisionnement. Une interruption qui aurait de lourdes conséquences pour Kiev, pas encore organisée pour se passer du gaz russe, mais un effet très limité sur l'Europe occidentale. Selon l'OCDE, la plupart des pays européens ont reconstitué des stocks suffisants (130 milliards de m3) pour pallier une très improbable interruption des livraisons russes durant un an. Le gaz russe importé via l’Ukraine représente environ 15 % des importations européennes, et peut être remplacé partiellement par du gaz naturel liquéfié.

La situation est donc favorable aux clients européens. Elle l’est moins à Gazprom, certes peu inquiet de ses parts de marché depuis la confirmation de ses débouchés chinois, mais qui voit se réduire ses marges européennes. La Société Générale publie un graphique instructif sur la structure des coûts de la société gazière russe, qui fixe son prix minimum à 5,5 dollars par MBtu (millions de British thermal units, correspondant à l’énergie nécessaire pour réchauffer d’un degré Fahrenheit une livre d’eau, soit un peu moins d’un demi-litre). Certains analystes envisagent néanmoins une guerre des prix entretenue par Gazprom pour bouter hors d’Europe le GNL américain, en rendant prohibitifs les surcoûts de liquéfaction et de regazéification.

 

 

Toujours pas concurrentiel face au charbon

 

La baisse actuelle aura-t-elle l'avantage de pousser la conversion du charbon au gaz? Sur les marchés à terme, selon Thierry Bros, un baril de pétrole à 90 dollars amène Gazprom à un prix de vente de son gaz en Europe situé autour de 8,6 dollars par MBtu, encore raisonnable. Mais dans le scénario d’une baisse du prix du pétrole qui se poursuit, par exemple en l’absence de coupe dans les quotas de production de l’Opep le 27 novembre, un baril qui tomberait à 70 dollars ferait théoriquement chuter le prix du MBtu à 6,7 dollars, très proche du coût du charbon mais pas encore tout à fait concurrentiel.

 

Si l'hypothèse d'une guerre des prix est écartée ou retardée, Russes (1435 térawatts heure fournis à l’Union européenne) et Norvégiens (1079 TWh) devraient cette fois encore jouer sur la quantité pour stabiliser les prix spot aux alentours de 8 dollars MBtu (ou 51 pence par thermie), amortissant ainsi plus facilement que les pétroliers la chute des prix…


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