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La hausse des tarifs d'électricité est inévitable

Le 03 février 2010
* Mots clés :  Dépêches Reuters

DéPêCHES REUTERS 

par Benjamin Mallet

PARIS, 2 février - Le projet de réforme censé introduire davantage de concurrence sur le marché de l'électricité français devrait également se traduire par une hausse de tarifs afin de mieux répercuter les coûts du parc nucléaire d'EDF.

Selon la mesure phare de ce projet, le groupe public devra vendre une partie de son électricité d'origine nucléaire à prix coûtant à ses concurrents privés - tels que GDF Suez, Poweo ou Direct Energie - afin qu'ils puissent proposer des offres à tarifs concurrentiels.

Mais ce prix coûtant devrait également être intégré dans les tarifs d'EDF qui sont fixés par l'Etat et ainsi répercuter les besoins du groupe en matière d'investissements de maintenance, d'allongement de la durée de vie des centrales et d'opérations de démantèlement.

Tout l'enjeu pour EDF sera d'obtenir un juste calcul du coût complet de production de son parc nucléaire qui intègre également une certaine rémunération du capital.

"Si le prix ainsi fixé est inférieur aux prix de revient, il s'ensuivra inévitablement des contreparties. L'entreprise devra compenser l'obligation qui lui est faite (de vendre de l'électricité à ses concurrents) par une révision à la hausse des tarifs consentis à ses autres clients", soulignait fin 2009 le président d'EDF, Henri Proglio, lors d'une audition parlementaire.

L'ancien P-DG du groupe, Pierre Gadonneix, avait déclaré en juillet devant l'Assemblée nationale que la composante production de base des prix d'EDF devrait évoluer vers les 45 euros par mégawattheure (MWh), contre 34 euros en moyenne dans ses tarifs, afin que le groupe couvre ses dépenses de fonctionnement et d'investissement en France.

"Pour le moment, l'augmentation des investissements réalisés en France est entièrement financée par la voie de l'endettement - pour un montant de près de quatre milliards d'euros par an" - avait-il fait valoir, quelques jours après avoir soulevé un tollé en évoquant une hausse de 20% des tarifs d'EDF sur trois ans ou plus.

+2% PAR AN POUR LES PARTICULIERS ?

Selon certains analystes, la prise en compte des besoins croissants d'EDF pourrait entraîner une hausse annuelle de 2% environ des tarifs pour les particuliers d'ici à 2015, tandis que les clients industriels et commerciaux verraient leur facture s'alourdir de 4% au minimum chaque année.

"Avec un rythme aussi lent, les tarifs professionnels et industriels ne feront que rattraper les tarifs particuliers à horizon 2015", estime Louis Boujard, analyste chez Aurel BGC.

John Honoré, analyste à la Société générale, souligne pour sa part que, "dans l'esprit collectif, le fait que l'entreprise paie plus cher ne choque personne".

Dans la forme, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) pourrait à terme se substituer aux ministres de l'Economie et de l'Energie pour fixer les évolutions tarifaires, alors que son avis est aujourd'hui purement consultatif.

Selon un analyste basé à Londres, cette mesure devrait entraîner une "dépolitisation" des tarifs de l'électricité.

La dynamique de marché qui résultera de la réforme est en outre censée entraîner la disparition des tarifs réglementés pour les grands clients d'EDF en 2015.

Au-delà de cette date, les analystes estiment que l'ensemble des tarifs du groupe devraient progressivement prendre en compte le coût de développement du nouveau nucléaire, les EPR notamment, estimé autour de 55 à 60 euros par MWh.

Les mesures envisagées dans le cadre de la réforme du marché de l'électricité répondent aux demandes de Bruxelles en matière de concurrence.

Censée être effective au 1er juillet prochain, cette réforme devrait selon certains analystes être retardée d'au moins six mois en raison d'un calendrier parlementaire serré.

"JUSTE PARTAGE"

En matière de tarifs, le dernier contrat de service public conclu entre EDF et l'Etat en 2005 précisait que d'éventuelles hausses, pendant cinq ans, ne dépasseraient pas l'inflation.

Le quotidien Les Echos écrivait fin janvier, en citant des projections internes du groupe, qu'EDF envisageait "une hausse de l'ordre de 24% entre 2010 et 2015" des tarifs pour les particuliers afin de financer ses investissements.

Selon des analystes, l'opposition en apparence très ferme de Henri Proglio au projet de réforme pourrait en fait constituer une technique de négociation qui permettrait au groupe d'obtenir de la visibilité sur ses perspectives tarifaires.

"Henri Proglio met la barre très haut, ce qui rendra peut-être les choses plus faciles dans le cadre de la négociation, mais il sait bien qu'il faudra lâcher quelque chose", souligne John Honoré.

Pour le gouvernement, toute la difficulté consistera à répondre aux demandes de Bruxelles et des concurrents d'EDF tout en préservant les intérêts du groupe public et des consommateurs.

"La principale question à laquelle le gouvernement français devra répondre sera de définir le juste partage de la 'rente du nucléaire' entre les consommateurs (industriels ou particuliers) et les Utilities (EDF et concurrents)", selon Louis Boujard.

Pour être acceptée, la réforme devra surtout aboutir à terme à de véritables innovations commerciales, notamment en matière de maîtrise de la consommation, ainsi qu'à des investissements des concurrents d'EDF dans des moyens de production.

Edité par Jean-Michel Bélot

 

 


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