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Le cacao ivoirien de plus en plus concurrencé

Le 08 avril 2011 par Pascal Coesnon
* Mots clés :  Afrique


Sur fond de crise, la Côte d’Ivoire conserve sa place de numéro un du secteur, mais l’écart se réduit avec ses principaux rivaux.

 

Le Président Alassane Dramane Ouattara aura de nombreux défis à relever pour assurer l’après-Gbagbo, à commencer par la reconstruction économique de la Côte d’Ivoire. Au nombre des chantiers : la réforme de la filière café-cacao, qui représente 40 % des recettes d’exportations et près de 20 % du produit intérieur brut de la Terre d’Eburnie. «  La Côte d’Ivoire devra prendre des mesures urgentes pour revitaliser sur le long terme son industrie cacaoyère, un acteur clé de son économie, note  Sudakshina Unnikrishnan, une analyste de Barclays Capital. Etant donné la faiblesse structurelle de sa filière, la voie est toute tracée pour des pays tels que l’Indonésie et le Ghana pour combler le vide. »

 

Un constat partagé par Kona Haque, une analyste de Macquarie Bank, pour qui la production du numéro un mondial devrait reculer au cours des deux prochaines campagnes. « Nous nous attendons à voir la production ivoirienne reprendre sa tendance à la baisse. Aujourd’hui les planteurs ne sont plus motivés pour récolter leur cacao. Ils n’ont s’en doute même plus de travailleurs sur leurs plantations. » Rien qu’à Abidjan, plus d’un million de personnes ont fuit les combats, estime l’Agence des Nations unies pour les réfugiés. Dans la boucle du cacao, plusieurs dizaines de milliers d’Ivoiriens ont migrés au Liberia ou se sont réfugiés dans les forêts.

 

Une opportunité à saisir

 

Tous les pays producteurs « aimeraient profiter de cette opportunité », offerte par la crise post-électorale ivoirienne, pour grappiller des parts de marché aux dépens du premier producteur mondial, indique Kona Haque. Entre le 1 er octobre 2010 et le 24 mars 2011, les achats déclarés de cacao ghanéen, le numéro deux mondial, ont déjà atteint 743 603 tonnes, soit 44 % de plus que l’année précédente, battant le record de la campagne complète de 2005-2006, à 740 000 tonnes, se félicite le Ghana Cocoa Board (Cocobod). Selon Tony Fofie, le directeur exécutif du Cocobod, la production nationale devrait dépasser les 850 000 tonnes cette année.

 

La récolte du troisième producteur mondial, l’Indonésie, devrait se stabiliser à 600 000 tonnes cette saison, faute à une météo défavorable, en dépit d’un accroissement des plantations, anticipe l’Indonesian Cocoa Association (Askindo). « Les incitations gouvernementales pour remplacer les arbres trop âgés permettront d’obtenir des rendements plus élevés » et, conjugué avec la hausse des surfaces, « de rivaliser avec le Ghana pour le rang de deuxième producteur mondial », indique un rapport de Research and Markets. Selon Jati Misnawi, un chercheur senior de l’Indonesian Coffee and Cocoa Research Institute, le gouvernement ambitionne de dépasser le million de tonnes dans les cinq à dix ans.

 

Le cacao indonésien est souvent considéré de faible qualité et inadapté au marché européen. La majorité de sa production est destinée à l’Asie, principalement à la Malaisie. L ’Indonésie a ainsi lancé une série de programmes visant à améliorer la qualité de ses fèves, et à augmenter de 10 à 15 % sa part sur le marché américain. Le Ghana et l’Indonésie ne sont pas les seuls à profiter de la crise ivoirienne. Les sociétés transformatrices se sont également tournées vers le Cameroun, le Brésil, la Malaisie , le Nigeria… comme sources alternatives.

 

Retour prochain du cacao ivoirien

 

Le Président Ouattara devrait annoncer dans les prochains jours la levée de l’interdiction des exportations de cacao. « Nous sommes très près d’un retour à la normale dans la filière cacao », se réjouit Youssoufou Bamba, le représentant dela Côte d’Ivoire aux Nations unies. « Le port de San Pedro est sécurisé, et dès que la situation sera réglée à Abidjan, tout reprendra normalement très, très rapidement. »

 

« Une fois les combats terminés, vous verrez probablement le cacao sortir du pays dans les dix à quinze jours », estime un analyste européen. De son côté, l’Union européenne a déclaré être prête à suspendre rapidement les sanctions qui pèsent sur le pays dès que le président ivoirien sera investi. « Nous n’attendons plus que le feu vert des autorités européennes », indique Didier Willemse, le directeur des ventes de matières premières de la compagnie maritime belge Safmarine. De son côté, « Maersk Line est prête à déployer ses navires aux ports d’Abidjan et de San Pedro immédiatement après la levée des sanctions européennes », affirme Sonny Dahl, le directeur Afrique de l’Ouest de la compagnie danoise.

 

Dans une allocution télévisée, le soir du 7 avril, le Président Ouattara s’est engagé à assurer la sécurité de la population et à rétablir le plus rapidement possible un semblant de normalité dans la capitale économique du pays. « Des miliciens et des mercenaires à la solde de Laurent Gbagbo ont instauré un climat de terreur à Abidjan », a-t-il dénoncé, accusant le président sortant de se rendre responsable d’une « crise sécuritaire et humanitaire grave » en refusant de céder le pouvoir. Un périmètre de sécurité a été établi autour de la résidence où s’est retranché Gbagbo dans le quartier de Cocody. Selon le Quai d’Orsay, l’ex-président disposerait encore d’un millier d’hommes dans la capitale, dont deux cents dans le bunker de sa résidence. Après le « nid d’aigle », la « taupinière ».



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