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Glencore sort du bois, la renaissance d’un géant

Le 15 avril 2011 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Commodités


En s’introduisant sur les bourses de Londres et de Hongkong le trader-mineur renonce au secret pour devenir un acteur majeur des commodités. Premier objectif, une fusion avec Xstrata.

Le trader et conglomérat minier Glencore a officiellement annoncé sa décision d’être coté sur les Bourses de Londres et de Hongkong d’ici à un mois. Cette opération, l’une des plus importantes réalisée en Europe, avait été envisagée par le groupe depuis plusieurs années. Cette normalisation d’une entreprise aux pratiques contestées lui apportera le capital nécessaire à de nouvelles acquisitions, en premier une probable fusion avec la compagnie minière « sœur » Xstrata. Elle permettra également aux 485 partenaires de Glencore d’empocher de copieuses plus-values en vendant pour 2,2 milliards de dollars d’actions. Les actions seront également utilisées pour rembourser les institutions financières qui lui ont prêté de l’argent en 2009. Enfin, une société cotée peut plus facilement emprunter auprès des banques.

 

Créé en 1974 à Baar, dans le canton suisse de Zoug, par le sulfureux Marc Rich, condamné en 1983 par Rudolph Giuliani pour fraude fiscale et gracié par Bill Clinton en 2001, Glencore avait été vendu à ses dirigeants en 1994 pour environ 600 millions de dollars. La firme a prospéré depuis, puisqu’en décembre 2009, l’émission d’obligations convertibles permettait d’évaluer sa valeur à hauteur de 35 milliards de dollars. Depuis, porté par la remontée des prix des commodités, Glencore entend encaisser  de 9 à 11 milliards de dollars en échange des 15 à 20% de son capital qu’il va introduire en bourse. Sa valeur boursière pourrait alors atteindre 60 milliards de dollars. En 2010, le groupe affichait un bénéfice net de 3,79 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 145 milliards de dollars, en hausse sur un an de 36%, alors que son ebitda a bondi de 58% à 6,2 milliards de dollars.  

 

Une introduction en bourse nécessite la révélation des secrets les mieux gardés. Pour devenir une société cotée, Glencore a notamment explicité l’importante part qu’il détient dans les marchés de matières premières. Si, sur la plupart des produits, ce sont des contrats à long terme entre producteurs et consommateurs qui représentent la grande majorité des échanges, le Zougois a une place prépondérante sur le marché indépendant (hors contrat). Sur ce marché, le trader a dévoilé qu’il contrôle 60% du zinc, 50% du cuivre, 45% du plomb, 38% de l’alumine et respectivement 28% et 12% des charbons thermique et métallurgique. Sur le marché global, il contrôle 16% des échanges de ferrochrome, 23% du cobalt et 14% du nickel.

 

Spécialisé initialement dans le négoce de métaux, Glencore, qui était encore Marc Rich & Co. s’était diversifié dans les années 1980 dans les matières agricoles. Puis, il avait multiplié les acquisitions dans les mines. En 1994, les associés de Marc Rich prennent le pouvoir et le courtier est rebaptisé Glencore, l’acronyme de Global Energy Commodity Resources. Ses actifs sont aujourd’hui multiples. Des exploitations agricoles et des élevages, en Europe centrale, en Asie et en Amérique latine côtoient des exploitations pétrolières au large de l’Afrique. Mais surtout, Glencore détient de nombreuses participations dans des entreprises métallurgiques et minières cotées en bourse. Son fleuron, les 34,5% détenus dans le cinquième groupe minier diversifié, Xstrata, également domicilié à Zoug. Le groupe possède  principalement 8,8% du russe UC Rusal, le numéro un de l’aluminium en volume, 44% du canadien Century Aluminium, 70,5% de Minara Resources, le numéro deux australien du nickel, et, en France, 32,2% de Recylex, l’ancien Metaleurop, un grand du recyclage du plomb.

 

Changement de direction

 

Pour mener à bien cette nouvelle étape, la direction a finalement décidé de nommer un ancien légionnaire, le britannique Simon Murray, à la présidence de son conseil d’administration. Après avoir envisagé de confier ce poste à Lord Brown, l’ancien dirigeant de BP, le choix du directeur général de Glencore, Ivan Glasenberg, s’est donc porté sur l’explorateur, actuellement président gérant de fonds GEMS et ancien administrateur de Deutsche Bank, Hutchison Wampoa ou Vivendi. Un autre ancien patron de BP, Tony Hayward, deviendra également un directeur indépendant du groupe. Sorti de l’obscurité, il sera désormais plus difficile à Glencore d’intervenir dans des pays complexes comme la République démocratique du Congo ou la Bolivie. Dans ce dernier pays, le gouvernement d’Evo Morales envisage d’ailleurs de nationaliser ses mines de zinc, de plomb et d’étain, acquises dans les années 1990.

 

L’argent frais permettra à Glencore de poursuivre sa politique d’acquisition. Si 2,2 milliards de dollars sont destiné à monter au capital de la société zincifère kazakhe Kazzin, cinq autres milliards seront investies dans d’autres actifs d’ici à 2013,a indiqué Glencore. Le groupe pourrait également choisir d’autres pistes que les métaux. Un rapprochement avec Louis Dreyfus offrirait à Glencore une opportunité de développement vers les matières premières agricoles, soulignait récemment Ivan Galsenberg.

 

Mais la prochaine grosse opération de Glencore sera sa fusion avec Xstrata. Le directeur général du mineur anglo-suisse admettait devant des analystes en février dernier, que la perspective des deux groupes cotés et séparés n’était « pas tenable à long terme ». Pour sa part, Ivan Glasenberg confiait récemment au Financial Times que la fusion faisait sens mais que le problème à résoudre était celui des parités entre les deux groupes. Une nouvelle entité née de la fusion de Glencore et de Xstrata pèserait plus de 100 milliards de dollars de capitalisation. Ce géant serait au pied du podium des grands mineurs diversifiés, loin de BHP Billiton 260 milliards), mais relativement proche de Vale (170 milliards) et de Rio Tinto (150 milliards). Il détiendrait des parts importantes dans le ferrochrome, le charbon thermique et le nickel, et une présence importante dans la filière aluminium.

 

 


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