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Gaz naturel : le combustible du « non-choix »

Le 24 mars 2011 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN  Entretien avec Thierry Bros, analyste senior Gaz naturel Europe et GNL de la Société générale.

Suite à l’accident nucléaire au Japon, quelles conséquences voyez-vous pour la demande globale de gaz ?

Le Japon consomme exclusivement du GNL importé, au rythme annuel de 90 milliards de mètres cubes. La consommation d’électricité est étroitement corrélée à l’évolution du PIB, la demande japonaise ne devrait donc pas grimper avant le troisième trimestre 2011.

Selon nos calculs, l’arrêt de la production des réacteurs nucléaires de Fukushima devrait entraîner une hausse de ses achats de 5 milliards de mètres cubes en 2011, et de 10 milliards en 2012, avec le rebond de la croissance.

Mais ces volumes sont limités comparés à une offre mondiale de 300 milliards de mètres cubes en 2010, en hausse de 20 % sur un an, et qui devrait encore s’apprécier de 15 % en 2011 pour atteindre 350 milliards de mètres cubes.

 

Et plus précisément, pour le GNL ?

La tragédie japonaise pourrait porter un rude coup à la renaissance de l’industrie nucléaire, à l’exception, peut-être, de la Chine. Dans ce cas, le gaz naturel deviendrait alors le combustible du « non-choix » des pays de l’OCDE. En surcapacité l’an dernier, le marché du GNL profitera massivement de cette situation, en particulier le Qatar qui dispose des plus importantes capacités de liquéfaction. L’Iran, malgré de colossales réserves de gaz, ne pourra accéder à cette technologie tant que son régime politique ne pourra lever les sanctions économiques qui le frappent.

 

Le marché du gaz naturel européen était-il toujours en surplus à fin 2010 ?

Je n’aime pas beaucoup ce terme de surplus. Mais l’an dernier, les producteurs de gaz naturel disposaient de 6 à 7 % de capacités disponibles non utilisées, soit environ 30 milliards de mètres cubes. C’est le russe Gazprom qui a été obligé de réduire fortement ses exportations.

 

L’arrêt des livraisons libyennes et l’augmentation de la demande japonaise seront-ils suffisants pour rééquilibrer le marché ?

Tablant sur un marché fortement excédentaire, les producteurs avaient programmé de nombreux arrêts pour maintenance cet été, lorsque la demande baisse. Ces arrêts, combinés à l’arrêt des exportations de la Libye et aux nouveaux besoins du Japon, vont créer un équilibre suffisant pour pousser les cours à un niveau plus élevé que celui attendu. Toutefois, j’estime que le marché a réagi trop fortement en fonction des fondamentaux et j’attends un reflux des prix cet été.

 

L’offre russe est-elle suffisante pour contrebalancer le Japon et la Libye ?

Sans problème. Entre son point haut en 2008 et 2010, les exportations russes ont baissé de 16 milliards de m 3. Un volume largement suffisant pour compenser les besoins accrus du Japon.

 

L’Europe va-t-elle donc être à nouveau dépendante de Gazprom ?

Certainement, l’Europe sera à nouveau plus dépendante du géant russe du gaz. Vladimir Poutine a déjà proposé à ses clients européens 6 milliards de m 3 en cent jours. Gazprom sera le grand gagnant à court, moyen et long termes, capable de compenser les volumes de GNL qui seront détournés vers le Japon, puis la réduction de la production d’énergie d’origine nucléaire. Pour la dépendance à long terme, il faudra choisir froidement entre le nucléaire, l’Opep (pétrole) et Gazprom (gaz naturel).

 

Un prix spot supérieur en Europe à celui du prix des contrats est-il possible comme en 2007, après un autre accident nucléaire au Japon ?

Le prix spot du gaz naturel est capé par son indexation sur le cours du pétrole brut. Or la baisse de la demande fait que les énergéticiens européens disposent de 10 milliards de m 3 prépayés auprès de Gazprom. Tant que ces volumes, pour lesquels ils ont déjà déboursé 2 milliards d’euros, n’ont pas été éclusés, il n’y a pas de risque de voir les prix spot s’envoler au-dessus des prix de contrat. Toutefois, si la volonté populaire s’exprime à l’occasion de prochaines élections pour une sortie accélérée du nucléaire, la demande de gaz augmentera plus vite que prévu et tendra le marché.

 

Quelles sont vos prévisions de cours en Europe ?

Des ressources pléthoriques et une demande atone devraient peser sur les cours jusqu’en 2013. Toutefois la Libye, le Japon et des arrêts de production pour maintenance moindre qu’en 2010 vont maintenir le prix du gaz (NBP, sur le marché britannique) à 45 p/th (pence par thermie). Cet hiver, l’ouverture de la première phase de Nord Stream limitera la hausse à 50 p/th, sauf accident inattendu ; un niveau autour duquel les prix devraient se maintenir en 2012 et 2013. A partir de 2015, le prix du gaz devrait se corréler à nouveau au cours du brut et grimper à 65 p/th en 2015 et 69 p/th en 2016.

 

Propos recueillis par Daniel Krajka

 

 



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