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Coup de force sur le cacao

Le 08 mars 2011 par Pascal Coesnon
* Mots clés :  Afrique


Pour se donner une bouffée d’oxygène financière, l’ex-président Gbagbo réquisitionne la filière café-cacao.

 

« L’achat du café et du cacao aux producteurs et aux groupements de producteurs s’effectue désormais exclusivement par l’Etat, sur l’ensemble du territoire national, suivant un prix déterminé par l’Etat en début de chaque période de vente », indique une ordonnance du « gouvernement Gbagbo » lue à la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI). « L’exportation des produits de la filière café-cacao est effectuée par l’Etat, par toute personne morale mandatée par l’Etat ou titulaire d’un agrément en qualité d’exportateur. » « Les exportateurs agréés » devront s’approvisionner « en fèves de cacao et en café vert auprès de l’Etat ou de toute personne morale mandatée par l’Etat ». Selon les statistiques de la Bourse du café et du cacao, 475 345 tonnes étaient encore stockées aux ports de San Pedro et d’Abidjan et en brousse au 7 mars, pour une valeur de plus de 1,8 milliard de dollars, suite à la suspension des exportations de café et de cacao décrétée par le président élu, Alassane Dramane Ouattara, et aux sanctions de l’Union européenne.

 

« Gbagbo ne se retirera pas. Tant qu’il pourra payer les militaires, ce sera difficile à Ouattara d’arriver aux affaires », indique Erica Rannestad, une analyste du consultant CPM Group. Pour se donner de l’air financièrement, l’ex-président avait déjà tenté de nationaliser les banques qui cessaient leurs activités en Côte d’Ivoire… sans grand succès. Désormais, l’ancien opposant au président fondateur Félix Houphouët-Boigny s’attaque à une filière qui représente 40 % des recettes d’exportations et près de 20 % du Produit industriel brut du pays. L’argent du cacao a également permis de financer son effort de guerre face à la rébellion des Forces nouvelles pendant la guerre civile de 2002-2003.

 

« La fin n’est pas en vue », s’alarme Luis Rangel, un vice-président du trader ICAP Futures, pour qui l’annonce « crée davantage de confusion pour des compagnies qui ne savent plus » à quel saint se vouer. « Le véritable risque est de voir l’embargo s’étendre au-delà du mois de mai, lorsque la récolte intermédiaire arrivera », prévient Cedric Chehab, le directeur matières premières de Business Monitor International. La Côte d’Ivoire réalise deux récoltes de cacao : la principale d’octobre à mars, et l’intermédiaire de mai à août.

 

Le temps est cependant compté pour celui qui fait la quasi-unanimité de la communauté internationale contre lui. Les Forces nouvelles, fidèles à Ouattara, ont pris hier la ville de Toulépleu, un fief de Gbagbo le long de la frontière libérienne. Elles se dirigeraient vers Bloléquin pour descendre ensuite vers le port de San Pedro par où transite la majorité du cacao ivoirien. Les combats, les plus violents depuis 2002-2003, font craindre une reprise générale des hostilités le long de l’ancienne ligne de front qui avait coupé le pays en deux. Déjà, plus de 70 000 Ivoiriens ont trouvé refuge au Liberia depuis l’éclatement de la crise post-électorale en novembre dernier.



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