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Coup de feu sur le cacao

Le 23 février 2011 par Pascal Coesnon


La crise ivoirienne fait flamber à nouveau les cours de la fève.

 

Vent de folie sur la fève ! La tonne de cacao échéance mars sur l’InterContinental Exchange (ICE) a touché hier en séance 3 666 dollars, un niveau plus enregistré depuis 32 ans. Sur le Liffe, l’échéance mai atteignait, quant à elle, 2 378 livres (3 842 dollars), un plus haut depuis juillet dernier lorsque « Chocolate Finger », Anthony Ward, le co-fondateur du fonds Armajero, avait razzié les stocks de cacao. Mais c’est à nouveau la crise ivoirienne qui fait parler la poudre sur les marchés à terme.

 

Le 22 février, le gouvernement d’Alassane Dramane Ouattara, le président élu de Côte d’Ivoire seul à être reconnu par la communauté internationale, a prorogé sa décision de suspendre les exportations de café et de cacao. « Le gouvernement informe les opérateurs économiques que la mesure de suspension des exportations de café et de cacao est prorogée jusqu’au 15 mars 2011 », indique un communiqué du Premier ministre Guillaume Soro. Engagé dans un bras de fer avec le président sortant, Laurent Gbagbo, depuis l’élection présidentielle de novembre dernier, Ouattara avait ordonné le 24 janvier l’arrêt pour un mois des exportations des deux excitants pour asphyxier économiquement l’« imposteur ». Le gouvernement Ouattara « tient à saluer l’ensemble des opérateurs du secteur pour leur franche collaboration et pour le respect » de l’interdiction. Selon les statistiques des douanes, les exportations de fèves aux ports de San Pedro et d’Abidjan se sont établies à 8 690 tonnes entre le 4 et le 17 février, contre 80 415 tonnes du 21 janvier au 3 février. Des sociétés comme Barry Callebaut, Cargill ou Cémoi ont totalement interrompues leurs exportations. Sur les mêmes périodes, les exportations d’ADM ont chuté de 7 108 à 3 804 tonnes.

 

Cette décision faisait suite à l’embargo décrété par l’Union européenne sur les deux ports de la Terre d’Eburnie, par lesquels transitent 90 % des échanges de marchandises du pays. Les services d’embarquement « ont pratiquement cessé de fonctionner, empêchant à la fois les exportations de produits tels que le café ou le cacao, et les importations de denrées alimentaires comme le blé et le riz », indiquent l’Association européenne du cacao et la Fédération du commerce du cacao dans un communiqué conjoint. Delmas, la filiale du groupe français CMA CGM, le principal affréteur de cacao de Côte d’Ivoire vers l’Europe, a suspendu toute activité dans le pays d’Afrique de l’Ouest.

 

Toutefois, « la commercialisation dans l’hinterland doit se poursuivre pour permettre aux producteurs de bénéficier du fruit de leurs labeurs », indique Guillaume Soro, rappelant que « les contrevenants à cette mesure » de suspension des exportations « s’exposent à des sanctions nationales et internationales ». Cette décision pourrait provoquer « une baisse notable de la qualité des fèves et, par dessus tout, d’importantes conséquences sociales pour les communautés rurales », met en garde Rodger Wegner, le directeur général de la German Cocoa Trade Association. Déjà, les planteurs manquent de structures de stockage : près de 300 000 tonnes de cacao sont encore détenues dans le pays, dont 100 000 tonnes dans les entrepôts portuaires, souvent dans de mauvaises conditions. Un problème auquel s’ajoutent les manques de financement et de liquidités du fait de la fermeture des principales banques. Toute l’économie est au bord de l’effondrement. La Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), désormais gérée par un gouverneur intérimaire, le Burkinabé Jean-Baptiste Compaoré, un partisan d’Alassane Ouattara, a fermé ses locaux à Abidjan. La Bourse d’Abidjan a fermée ses portes après sa « réquisition » par Laurent Gbagbo. L’activité a reculé de 10 à 30 % dans l’industrie et de 60 % dans le BTP, selon les chiffres du patronat ivoirien à fin janvier. « Les guichets des principales banques ferment. Les distributeurs automatiques ne sont pas réapprovisionnés. La pénurie d’essence est proche. Les salariés du public comme du privé se demandent comment ils seront payés à la fin du mois », témoigne un habitant de la capitale économique interrogé par l’AFP.

 

Coupé d’une partie de son financement par les sanctions économiques, en particulier  sur le revenu du cacao, Gbagbo aura « plus de difficultés à payer l’armée », son principal soutien, souligne Rinaldo de Pagne, un chercheur de l’International Crisis Group. La crise post-électorale ivoirienne, avec plus de 100 morts depuis le 28 novembre, doit faire réfléchir la communauté internationale, à commencer par l’Union africaine. Avec dix-huit élections présidentielles cette année sur le continent africain, le « coup d’Etat » de Gbagbo pourrait donner des idées aux présidents sortants désireux de conserver le pouvoir à n’importe quel prix.



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