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Côte d’Ivoire : le pire est possible

Le 04 mars 2011 par Pascal Coesnon
* Mots clés :  Afrique
Manifestation anti-Gbagbo à Abidjan
Manifestation anti-Gbagbo à Abidjan

La reprise des affrontements pourrait déclencher une nouvelle guerre civile. Les cours du cacao continuent leur ascension.

 

Au moins 365 personnes sont mortes depuis le 28 novembre dernier, jour du deuxième tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, selon les chiffres officiels donnés par Hamadoun Touré, le porte-parole de la mission des Nations unies dans le pays. Un bilan qui pourrait bien être sous-évalué, indiquent plusieurs diplomates interrogés par Reuters. Hier, six femmes ont été tuées à la mitrailleuse par les Forces de défense et de sécurité (FDS) de l’ex-président Laurent Gbagbo lors d’une manifestation dans la commune d’Abobo à Abidjan, fidèle au président élu Alassane Dramane Ouattara. Selon les Nations unies, environ 200 000 personnes ont déserté le quartier depuis la semaine dernière. Abobo est désormais le lieu d’affrontements à l’arme lourde entre les FDS et les « commandos invisibles » incluant sans doute des membres de l’ex-rébellion. Des combats ont également éclaté dans l'ouest, près de la frontière avec le Liberia et la Guinée, indique l’Onuci. « C'est une violation du cessez-le-feu qui tenait depuis six ans », a déclaré Hamadoun Toure. Le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé aujourd’hui avoir suspendu ses opérations dans la région en raison de la détérioration de la situation sécuritaire.

 

« Le scénario le plus probable dans les prochains mois est celui d’un conflit armé qui s’accompagnera de violences massives sur les populations civiles ivoiriennes et étrangères, et qui risque de provoquer l’intervention militaire unilatérale de pays voisins, à commencer par le Burkina Faso… C’est à l’organisation régionale [la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ndlr] de récupérer la responsabilité de la gestion politique et militaire de la crise, avec le soutien clair de l’Union africaine et des Nations unies », indique un rapport de l’International Crisis Group. « Ouattara doit prendre l’initiative d’un dialogue entre le RHDP [Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix] et le LMP [La Majorité présidentielle], à l’exclusion de Gbagbo, dans l’objectif de conclure un accord de réconciliation et de former un gouvernement d’union nationale qu’il dirigera en tant que président démocratiquement élu. » 

 

Pourtant, le résultat de l’élection présidentielle est irréfutable, selon un rapport publié le 24 février par la Mission d’observation électorale (MOE) de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) qui regroupe 132 structures religieuses, professionnelles et syndicales et des Organisations non gouvernementales. « En ce qui concerne le second tour du scrutin présidentiel, la MOE de la CSCI a relevé quelques irrégularités et violences localisées sur l’ensemble du territoire national avec une accentuation au nord, à l’ouest, au sud-ouest et au centre-ouest, imputables à des partisans ou sympathisants du RHDP et du LMP. Toutefois, ces irrégularités ne sont pas de nature à entacher notablement l’intégrité et la crédibilité du scrutin… Les résultats… sont pratiquement identiques à ceux annoncés par le Président de la Commission électorale indépendante (CEI) et confirmés par le certificateur des Nations unies » qui proclame Ouattara vainqueur.

 

En attendant, dans ces conditions « où le pire est à craindre », selon la Standard Chartered Bank, les cours du cacao flambent. La tonne de fèves ouvrait ce matin à 3 750 dollars sur l’InterContinental Exchange, avant de s’envoler à 3 775 dollars en séance, un nouveau plus haut depuis janvier 1979. « Nous pensons que le marché est soutenu uniquement par les risques politiques et leur impact sur l’offre à court terme », indique la banque qui table désormais sur un prix de 4 000 dollars par tonne d’ici à la fin de l’année. D’autant que l’embargo décrété par le président Ouattara et prolongé jusqu’au 15 mars, pour asphyxier économiquement son adversaire, semble porter ses fruits. Selon les statistiques des douanes, les exportations de fèves par les  ports de San Pedro et d’Abidjan se sont établies à 8 690 tonnes entre le 4 et le 17 février, contre 80 415 tonnes du 21 janvier au 3 février. Toutefois, la majorité de la récolte avait déjà été exportée : entre le 1 er octobre 2010 et le 17 février 2011, 662 409 tonnes ont été exportées, contre 542 989 tonnes un an auparavant.

 

« Nos stocks de cacao sont encore suffisants pour maintenir la production de chocolat, mais pas pour un temps indéterminé », souligne l’association allemande des industries chocolatières, dont la moitié des besoins est couvert par la Côte d’Ivoire. Selon un trader, « lorsque le contrat mars sur le Liffe expirera le 16 mars, les industriels recevront des livraisons physiques à grande échelle » pour sécuriser leur approvisionnement.



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