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« A la recherche de solutions énergétiques »

Le 03 mars 2011 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Les prévisions, Entretien


ENTRETIEN  Entretien avec Jean-Philippe Puig, président aluminium primaire Europe, Moyen-Orient Afrique de Rio Tinto Alcan

Quelle est la place de Rio Tinto Alcan dans l’offre globale d’aluminium ?

 

Pour 2010, nous sommes numéro un dans l’extraction de bauxite, et numéro deux pour le raffinage d’alumine et pour la production d’aluminium. L’ouverture de nouvelles capacités de production d’alumine en Australie devrait nous permettre de prendre la place de leader en 2011 dans ce domaine. 

 

Où sont situées vos capacités dans la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) que vous dirigez ?

Nous disposons d’une aluminerie en Islande, Isal, qui a 187 000* tonnes de capacités et qui s’est vu attribuer en 2010 un investissement de 487 millions de dollars. En Norvège, nous contrôlons la moitié de Soral qui a une production de 165 000* tonnes. En France, berceau historique de Pechiney, nous avons deux alumineries, Saint-Jean de Maurienne, 130 000 tonnes, et Dunkerque, 254 000* tonnes. Nous avons deux unités au Royaume-Uni, Lochaber, 43 000* tonnes, et Lynemouth, 165 000* tonnes. Au Cameroun, où nous sommes présents depuis 53 ans, notre aluminerie, Alucam, peut produire 47 000* tonnes d’aluminium. Enfin, nos 20% de l’aluminerie géante de Sohar, à Oman, nous apporte 72 000* tonnes de métal léger. Nous avons amené notre technologie à ce projet qui, à terme, dépassera le million de tonnes de capacités. Globalement, notre production en EMEA dépasse légèrement le million de tonnes.

En France, outre nos deux alumineries, nos trois usines de Carbone Savoie sont numéro un dans la production de cathodes utilisées dans l’électrolyse, notre site de Ronchin fabrique des équipements et notre raffinerie de Gardanne, ainsi que Beyrède et La Bâthie des alumines de spécialités. Plus de la moitié de notre recherche globale dans l’aluminium est située en France, principalement autour de Saint-Jean de Maurienne.

 

Des alumineries ont déjà fermé, ou sont menacées en Europe, alors que la zone est importatrice de métal primaire. L’approvisionnement en énergie est-il toujours le principal problème auquel se heurte la production d’aluminium ?

 

 

Nous avions toujours pu compter sur des contrats à long terme en France. A l’origine les alumineries étaient construites à proximité de barrages assurant l’alimentation en hydroélectricité, dans les Alpes et les Pyrénées. Après la découverte du gaz de Lacq, nous avons construit notre unité de Noguères. Puis nous avons utilisé l’énergie des centrales nucléaires. Construite au début des années 1990, notre aluminerie de Dunkerque est ainsi alimentée par la centrale de Gravelines. Le prix de l’énergie nécessaire à l’électrolyse de l’aluminium représente environ 35% de son coût global. Malheureusement aujourd’hui, avec un prix du marché européen d’environ 55 euros par MWh, la production d’aluminium primaire ne peut être rentable. C’est ainsi que nous voyons aujourd’hui le développement de nouvelles capacités dans d’autres endroits de la planète comme à Sohar (Oman), la dernière née de nos usines, qui dispose de sa propre centrale énergétique, alimentée par du gaz naturel sous contrat long terme.  

 

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

 

 

En Europe, à l’exception de l’Islande, aucun contrat d’approvisionnement en énergie n’est actuellement renouvelé. Faute d’accord, nous avons été obligés de fermer notre site d’Anglesey au Pays-de-Galles, pourtant très moderne. Nous ne sommes malheureusement pas les seuls, des alumineries ferment, ou vont fermer, en Italie, en Espagne, en Allemagne et même en Norvège. Pour faire face à ce problème majeur, les industries électro-intensives se sont réunies depuis déjà six ans au sein d’une sorte de coopérative d’achat, Exeltium. Seul Edf s’est montré intéressé Et a fait une proposition qui ne couvre pas tous les besoins de ce groupement.  Ce type d’accord novateur s’est heurté à l’hostilité de la DG Compétition (Direction générale de la concurrence) et il nous a fallu deux années pour obtenir la validation de l’UE, en procédant à des aménagements qui ont rendu le montage très complexe. Ce contrat est déjà financé à moitié, et permet aujourd’hui de garantir 50% de  l’approvisionnement énergétique de notre usine de Dunkerque au-delà de 2017, date de fin du contrat d’énergie actuel. Le financement complémentaire devrait être assuré en 2011. Il nous permettrait d’assurer les 50 % restant   de l’alimentation de Dunkerque, mais en aucun cas d’augmenter la capacité de ce site. Le tarif atteint par Exeltium, qui reste à finaliser par le financement à venir, sera    toutefois nettement supérieur à celui permettant aujourd’hui de justifier des investissements massifs dans des extensions ou constructions de nouvelles usines par ailleurs dans le monde. Pour Saint-Jean de Maurienne, Exeltium ne peut être la solution, du fait de son prix élevé et de son volume limité. C’est pourquoi, nous travaillons activement à trouver d’autres alternatives pour cette usine

En Afrique, au contraire, nous envisageons des investissements globaux de 5 milliards de dollars pour développer nos capacités au Cameroun. Ce pays dispose d’un potentiel de 15 000 MW de ressources hydroélectriques inexploitées et l’industrie de l’aluminium, avec Rio Tinto Alcan, comme au Canada, est très bien placée pour soutenir ce développement

 

Les taxes CO2 pénalisent-elles la production d'aluminium en Europe?

 

Oui, car tous les pays ne jouent pas avec les mêmes règles et les taxes appliquées en Europe se reflètent dans le prix de l’énergie électrique vendue. C’est la raison pour laquelle nous assistons à de nombreuses fermetures d’usine d’aluminium en Europe. Ce faisant et paradoxalement, l'Union Européenne favorise l'importation d'aluminium primaire souvent produit avec de l'énergie issue du charbon ou du fuel lourd, beaucoup plus polluante que le panier moyen énergétique européen. Pour l’avenir, Nos équipes de R&D à Saint-Jean-de Maurienne, à la pointe de la technologie, travaillent à la mise au point de technologies permettant d'économiser jusqu’à 20% de notre consommation en énergie.

L'Union Européenne et la DG Compétition semblent prendre   conscience du risque que court l'emploi industriel si nous continuons dans cette voie, mais cela ne s'est pas encore traduit dans des faits concrets.

 

 

* Capacités de production en 2009

 

Propos recueillis par Daniel Krajka

 

 


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