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Le mineur et le financier

Le 11 mai 2011 par Daniel Krajka


Un spectre hante les marchés de matières premières, le spectre de la financiarisation, semblent affirmer les régulateurs, paraphrasant le Manifeste. Réunis sous les auspices conjoints de l’Autorité des Marchés financiers et de la Commission de Régulation de l’Energie, les participants à la conférence qui s’est tenue à Paris le 6 mai ne semblaient toutefois pas convaincus par l’affirmation de prix des matières déterminés par la « spéculation ».

Premier intervenant de la conférence, Patrick Artus, le responsable de la recherche économique de Natixis, et par ailleurs membre du conseil scientifique de l’AMF, a rappelé que selon les études empiriques, le rôle de la financiarisation dans la détermination des prix des matières premières était faible ou ambigu. Deux études majeures menées par l’organisme de régulation américain, le CFTC, et par le FMI pour le G20 ont confirmé que c’étaient les investisseurs qui réagissaient aux évolutions des prix et non le contraire.

 

Les fonds indiciels ou ETF ne peuvent certainement pas expliquer les fluctuations des cours des matières premières, affirme Artus, ironisant au passage sur l’absurdité d’investir son épargne dans le stockage de matières. Les prises de position sur les marchés à terme ne sont pas décidées indépendamment du rapport entre offre et demande et les tests de causalité démontrent que c’est l’évolution du prix qui détermine la prise de position et non l’inverse. Le rôle des investissements dans la fixation des prix n’agit qu’en complément des fondamentaux du marché. Récemment, rappelle l’analyste, inclure des matières premières dans un portefeuille n’était pas optimal en raison de leur corrélation aux actions.

 

Le deuxième intervenant, Dietrich Domanski, de la Bank for International Settlements, a posé la question de l’importance des investissements financiers dans le mouvement de hausse des matières premières. Vu la difficulté à stocker les produits, ce sont les marchés dérivés qui ont massivement bénéficié de l’appétit pour les commodités avec fin 2010 un volume combiné de 400 milliards de dollars.

 

 

Si les investisseurs financiers ne sont pas actifs sur les marches physiques, les évolutions des prix à terme influencent le comportement des producteurs et des consommateurs. Pour Domanski il n’est pas évident que la hausse actuelle correspond à une bulle spéculative. Dans ces conditions il met en garde contre une régulation de l’activité sur les marchés, facile à contourner mais concède que l’on manque de données sur l’influence des marchés OTC non règlementés.

 

Après une présentation des risques systémiques l’économiste de AIE, Bahattin Buyuksahin est revenu sur la monté en puissance des acteurs financiers dans la financiarisation des marchés de commodités. La volatilité des prix a fortement augmenté après 2006, mais ce sont les matières qui ne sont pas échangées sur une plateforme de marché organisée qui ont connu les hausses les plus fortes. Ce qui tend à prouver que c’est l’inadéquation entre offre et demande qui a poussé à la hausse, plus que l’arrivée des investisseurs financiers.

 

 

 

 

Comme ses collègues, Bahattin Buyuksahin conclut sa présentation en affirmant que les traders modifient leurs positions en fonction de l’évolution des prix. Les hedge funds réagissent aux évolutions du marché en lui amenant de la liquidité. Mais une information plus transparente est nécessaire pour mieux appréhender le rôle des différents acteurs du marché sur les prix et pour observer l’importante volatilité des marchés dérivés de matières premières.

 

Pour Olivier Guersent, le chef de cabinet de Michel Barnier, Commissaire direction marché intérieur et services de la Commission européenne, les études sur les conséquences de la financiarisation sont « peu claires ou contradictoires ». Dans une intervention vidéo il a affirmé, qu’intuitivement l’intervention des investisseurs entrainait au moins une forte volatilité sur le court terme. La hausse structurelle de la volatilité des prix s’explique également par le développement des marchés à terme, plus rapide que l’évolution du volume physique sous-jacent. Constatant un retard vis-à-vis des Etats-Unis, il estime que c’est au niveau de l’Europe que doit progresser la régulation, notant que fin 2011 les pratiques abusives seront sanctionnées. La volonté politique est nécessaire pour mette en place un système de régulation, conclut-il.

 

La régulation est en marche affirme Frédéric Baule, général manager au sein des services de gestion du risque chez Total Oil Trading, notant que 75% des opérations sur les marchés de produits pétroliers OTC passent par une chambre de compensation. Aujourd’hui la principale question est l’utilisation massive du trading électronique utilisant des formules algorithmiques. Selon les chiffres de décembre 2010, 70% du volume journalier traité sur l’ICE a été effectué par des robots électroniques, rapporte Baule. Rappelant que les acteurs sont transnationaux, Baule affirme que la régulation ne doit pas casser le thermomètre que représentent les évolutions des prix pour les investissements physiques.

 

« Il y aura toujours de la volatilité », constate Michel Portier, un expert en gestion de risques chez Agritel, soulignant que pour les produits agricoles la demande est inélastique, l’offre dépendant du climat et que celui-ci ne peut être régulé.

Avant 2000 la PAC écartait toute volatilité des prix agricoles. Depuis, les autorités ont dérégulé les marchés, les laissant à la merci des incidents climatiques. Il ne faut pas retirer aux acteurs la possibilité de se couvrir, insiste Portier, soulignant que « spéculer c’est anticiper ». Pour éviter les crises alimentaires il faut constituer des stocks mondiaux, notamment dans les pays consommateurs. 

 

Clôturant la conférence, Jean Pierre Jouyet, le président de l’AMF, a déclaré que ceux qui veulent supprimer purement et simplement les marchés à terme de matières premières font « un contre-sens historique ». Adoptant une position moyenne, il estime aussi que se trompent ceux qui affirment que la financiarisation croissante de ces marchés ne justifie pas l'intervention des régulateurs. Spéculation et volatilité sont naturelles, mais elles doivent être encadrées. Entre le sovkhoze et le tout libéral l’Europe doit trouver son système de régulation qui devra s’adapter en fonction des marchés.

 


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